\def\local{conclusion}

\chapter{Conclusions et perspectives}

Chaque chapitre étant doté de sa petite conclusion particulière,
il s'agit avant tout ici d'essayer de tirer des enseignements et
des lignes de convergence des différentes études d'une part et
d'autre part de mentionner quelques-uns des sujets qui pourraient
être développés à partir de là.


\section{Quelques enseignements}

\subsection{Décomposition et paramétrisation du transport}

Une grande partie des résultats et développements présentés dans ce
document s'appuie sur l'équation d'advection des traceurs et
sa mise en {\oe}uvre dans des modèles numériques.

Dans ces modèles numériques, seule une partie de l'écoulement atmosphérique
est représentée explicitement. C'est le cas de la ``grande échelle" des modèles
de climat, de la circulation méridienne moyenne dans le modèle bidimensionnel
latitude-altitude de Titan ou des structures méso-échelles de la couche limite
convective pour les simulations des grands tourbillons.
Les autres composantes, à savoir le transport turbulent ou convectif
dans les modèles de climat, le transport latitudinal par les ondes
dans le modèle axi-symétrique de Titan ou le mélange sous-maille dans
les simulations des grands tourbillons doivent être paramétrisés.

Pour la modélisation numérique du transport par la composante résolue
de l'écoulement, j'ai souligné qu'il était 
important d'utiliser des schémas numériques dont
les comportements physiques respectent certaines propriétés importantes
comme la conservation de la quantité totale de traceur, une faible
diffusivité, la positivité
ou plus fondamentalement la non création d'extrema locaux et la non
amplification des extrema existants. Ces propriétés sont importantes
à la fois pour le bon comportement
numérique des schémas, pour le couplage avec d'autres composantes
du système (il est par exemple difficile de calculer le transfert radiatif
au travers d'un constituant de concentration négative)
et pour l'interprétation que l'on peut faire des
résultats des simulations numériques.


Dans le cadre de la modélisation du climat, où l'on essaie de comprendre
les phénomènes en jeu et de prédire leur réalisation sur d'autres planètes
ou dans le cadre d'un possible changement du climat,
il est important que les paramétrisations développées pour représenter
les mouvements non résolus reposent sur des images physiques,
comme la diffusion par des petits mouvements aléatoires ou le transport
par une cellule ou par un spectre d'ascendances
pour les modèles en flux de masse.
Les paramétrisations développées doivent ensuite être validées et éventuellement
ajustées à partir d'observations.

Une approche traditionnelle pour les modèles de circulation générale
atmosphérique consistait à modifier une paramétrisation et à tester l'impact
sur des simulations climatiques longues, en termes statistiques.
La limitation principale de cette approche tient dans le fait que
le climat simulé par le modèle relève d'un jeu subtile entre différentes
paramétrisations. Dans un modèle climatique ``bien réglé", l'introduction
d'une nouvelle paramétrisation commence souvent par dégrader les résultats
en rompant cette harmonie.
De plus, en cas de désaccord entre modèle et observation, il est souvent
difficile d'attribuer la responsabilité du désaccord à telle ou telle partie du 
modèle.

Il est donc important de trouver un moyen de valider les dites paramétrisations
de façon isolée.
Une approche, largement développée au cours des dix dernières années dans
la communauté dans le cadre de grands projets comme EUROCS,
consiste à réaliser des simulations de ``cas tests" avec
des modèles numériques résolvant explicitement les écoulements qu'on cherche
à paramétriser.
On peut alors, pour tester  la paramétrisation, utiliser le forçage exact
utilisé pour le modèle explicite.
Cette approche a souvent été utilisée à partir de campagnes de terrain
pour lesquelles on effectuait une simulations a méso-échelle aussi proche
que possible des données observées ce qui rajoutait au système des contraintes
observationnelles.
On peut aussi effectuer des simulations explicites de cas plus ``académiques"
ce qui permet de faire varier à loisir les valeurs des
paramètres de forçage.
On a illustré ici cette approche dans deux cas.
C'est d'abord le modèle du thermique qui a été validé
par rapport à une batterie de simulations des grands tourbillons
effectuées pour toute une gamme de
forçages thermiques et mécaniques de la turbulence.
La bonne réponse aux variations des paramètres du forçage est sûrement
un des arguments positifs les plus importants en faveur de cette nouvelle
paramétrisation.
C'est d'autre part la paramétrisation des ondes planétaires sur Titan
pour lesquelles David Luz a effectué une batterie de simulations de référence
avec un modèle des équations en eau peu profonde, forcé par un rappel
vers un profil de vent.

On met en avant ici une approche intermédiaire et complémentaire
des deux autres~: l'utilisation d'un modèle régionalisé et guidé
en combinaison avec des mesures continues.
Cette approche légère permet de valider le comportement du modèle
complet de façon relativement fine et en isolant des cas pour lesquels
telle ou telle paramétrisation va être davantage impliquée.
Cet outil est de plus en plus utilisé pour le développement
et la validation des paramétrisations du modèle LMDZ, notamment
autour du site d'observation de l'IPSL, le SIRTA.
La mise en {\oe}uvre des simulations est automatique.\footnote{
Une chaîne opérationnelle utilisant la grille zoomée présentée dans
la \sec{esquif} tourne en fait depuis 6 mois. Pour ces simulations, on
rapatrie automatiquement tous les matins les dernières analyses et prévisions
du centre de prévision américain (NCEP) et on effectue des simulations
guidées pour les jours J, J+1 et J+2.}
L'analyse peut en revanche s'avérer plus subtile car les différences entre
modèle et observations peuvent à nouveau
venir de toutes les paramétrisations du modèle
de climat ainsi que d'erreurs dans les analyses. Il faudra donc, suivant
les cas, développer des outils pour sélectionner des cas pertinents
pour le problème étudié.

Le fait de décomposer le transport entre différentes composantes est
bien sûr une facilité pratique pour la simulation numérique.
C'est aussi une façon de découper le problème physique en sous
composantes interagissant entre elles ce qui permet
d'accéder à une compréhension
des processus contrôlant par exemple la distribution des constituants
atmosphériques.
L'analyse des simulations de Titan concernant la composition chimique
de la stratosphère a été grandement facilitée par la décomposition
de la modélisation entre circulation méridienne et transport latitudinal
par les ondes. Ce découpage a facilité la quantification de
l'importance
relative de ces différentes composantes dans le contrôle notamment
de l'enrichissement polaire.



\subsection{Des traceurs du transport atmosphérique}


L'introduction des traceurs dans les modèles de circulation est
souvent motivée par l'étude de la composition de l'atmosphère, et, en
particulier dans les modèles de circulation générale atmosphérique,
par l'étude des couplages entre cette composition et le climat.

En retour, on apprend beaucoup sur l'écoulement à partir de l'analyse
de ces traceurs qui peuvent être utilisés pour affiner notre compréhension
des processus atmosphériques et valider les algorithmes de transport ou 
la représentation de la circulation atmosphérique.
C'est particulièrement clair dans l'étude sur Titan où les contrastes
latitudinaux de composition apparaissent finalement comme les meilleurs
indicateurs de l'existence des grandes cellules de Hadley équateur pôle.
Dans le même ordre d'idées, le
rétro-transport est aussi un outil qui peut s'avérer extrêmement
utile pour l'analyse des processus physiques de l'atmosphère.

Pour la validation des paramétrisations du transport turbulent
ou convectif, on tombe malheureusement sur certains écueils.
Comme on l'a vu ici
les données sont souvent insuffisantes pour arbitrer
entre deux paramétrisations, même quand les concentrations sont très
sensibles à la paramétrisation
du transport, comme dans les cas montrés
sur la \fig{rnconv} pour la convection profonde ou  la
\fig{RNz} pour la couche limite.
Même avec des mesures suffisantes, reste le problème du jeu
entre différentes paramétrisations ajustées entre elles ainsi
que les incertitudes sur les sources et les processus physico-chimiques
spécifiques de chaque espèce.
Même dans le cas a priori particulièrement simple du radon,
certaines incertitudes sur la répartition géographique des sources
(on pense qu'elles peuvent varier d'un tiers environ régionalement)
ou leur sensibilité au contenu en eau du sol sont une limitation.
Une condition minimum pour une exploitation réelle des mesures de concentration
semble être de disposer simultanément de mesures météorologiques.

Il faudrait sans doute aussi systématiser l'inclusion de traceurs avec
des protocoles bien établis dans les simulations des grands
tourbillons utilisées pour valider les paramétrisations des modèles de
climat.
C'est ce qu'avait commencé à faire \cite{Ayot:96} dans leurs simulations
de convection de couche limite.
C'est une approche que nous comptons également promouvoir
avec Jean-Yves Grandpeix et des collègues toulousains dans le cadre
du volet modélisation du programme AMMA d'étude de la mousson 
africaine.



\section{Et après}


\subsection{Couplage couche limite, convection, nuages}

Les modèles de circulation générale atmosphérique ont été développés
dans les années 70, principalement pour les besoins de la prévision
météorologique. Depuis lors, ils
se sont enrichis petit à petit pour devenir au cours des années
90 des outils essentiels de l'étude du système climatique.
Les "modèles intégrés du climat" , incluant océan, biosphère et parfois
chimie, sont utilisés en particulier pour étudier les évolutions
futures du climat sous l'effet des perturbations induites par l'activité de
l'homme. Le modèle de circulation du LMD, LMDZ, est par exemple la composante
atmosphérique du modèle intégré de l'IPSL utilisé actuellement
pour réaliser des simulations de la période 1850-2100 pour le prochain
rapport du GIEC.

Le fait que ces modèles soient utilisés pour prédire des modifications
du climat implique 
que les paramétrisations soient le plus possible basées sur  une approche
physique plutôt que sur des lois empiriques ajustées sur des observations
actuelles.
En outre, l'inclusion de nouvelles composantes fait
peser un poids important sur le degré de réalisme du modèle atmosphérique.
Le couplage avec l'océan nécessite par exemple d'avoir, en plus d'une bonne
représentation de l'état de l'atmosphère, une représentation correcte
des flux radiatifs (donc des nuages) et turbulents en surface.
Le couplage avec la chimie nécessite qu'on soit capable de représenter
correctement le transport vertical dans les colonnes convectives par
exemple, etc ...
Dans la plupart des cas, les paramétrisations des processus turbulents,
convectifs et nuageux sont les points cruciaux.

En même temps, la mise en {\oe}uvre systématique d'instruments de télédétection
passive et active (Radar et Lidar), sur des sites d'observation comme le
SIRTA ou dans l'espace, vient fournir une description de plus en plus
fine des processus
dynamiques et microphysiques de la couche limite atmosphérique et des
nuages. 

Ce double contexte a donné un nouvel élan au développement
des paramétrisations au LMD.
Pour la représentation de la convection nuageuse,
c'est d'une part le schéma en flux de masse de Kerry Emanuel qui
a été adopté pour la convection profonde.
Cette paramétrisation a connu différentes
améliorations significatives au LMD, concernant par exemple
la description du mélange
entre colonne convective et environnement \cite[]{Gran:04}.
Plus récemment, Jean-Yves Grandpeix et Jean-Philippe Lafore (CNRM) ont développé
une paramétrisation des poches froides créées sous les descentes
précipitantes orageuses, et qui jouent un rôle moteur dans l'organisation et la
propagation des orages.
En parallèle, nous avons développé, pour la couche  limite,
le modèle du thermique présenté  dans le \ch{therm}.

L'enjeu pour les prochaines années est de développer un nouveau bloc
de paramétrisations couche-limite/convection/nuages pour le modèle de climat
du LMD.
Avec ce nouveau modèle, on espère s'attaquer en particulier à l'épineuse 
question de la représentation du cycle diurne dans les modèles de climat.
De nombreux systèmes nuageux présentent en effet des cycle diurnes marqués,
souvent mal représentés dans les modèles de climat.
C'est le cas par exemple de
la dissipation des brumes matinales -- sous l'effet du brassage
vertical de l'air humide de la couche limite nocturne par les
panaches thermiques de la couche limite convective -- ou
de l'apparition de cumulus de couche
limite l'après-midi après une matinée bien ensoleillée.

\begin{figure}
\centerline{\includegraphics[width=16cm]{\local/FIGURES/guichard2.eps}}
\caption{
Simulation d'un cas de fort cycle diurne de la convection
observé au site ARM, dans les grandes plaines de l'Oklaoma
\cite[d'après ][]{Guic:04}.
Les courbes montrent l'évolution simulée de la précipitation,
en haut avec des modèles méso-échelle
et en dessous avec des modèles de climat unicolonnes.
Les schémas du bas illustrent le développement typique des nuages
convectifs dans les deux types de modèles. Source : Françoise
Guichard. 
\label{fg:guicharddiurne}}
\end{figure}

Avec Jean-Yves Grandpeix, nous pensons également pouvoir nous attaquer
à la représentation du cycle diurne de la convection
précipitante sur les continents.
Alors que les orages ont leur maximum généralement en soirée ou en
début de nuit sur les continents, les modèles tendent systématiquement
à les prédire en phase avec le cycle diurne, en tout début d'après-midi.
C'est ce qui est illustré sur la \fig{guicharddiurne}.
Les courbes sur cette figures représentent la précipitation
obtenue
lors de simulations d'un cas de cycle diurne de la convection autour
du site d'observation ARM dans les grandes plaines américaines.
Dans les simulations à méso-échelle (les modèles utilisent ici
des résolutions kilométriques et résolvent donc uniquement les nuages
convectifs mais pas les structures de la couche limite) en accord
avec les observations, le
maximum du cycle diurne a lieu dans la soirée.
Les versions unicolonnes des modèles de circulation générale,
forcés avec les même champs que les modèles méso-échelles, produisent
un cycle diurne en phase avec l'ensoleillement.
Les schémas du bas présentent l'évolution des nuages associés au cours de
la journée.
On espère, avec le modèle du thermique, pouvoir simuler la phase
de petits cumulus en début de journée et pouvoir prédire le déclenchement
de la convection profonde plus tard dans la journée.
La prise en compte de l'auto-entretien de la convection
par les poches froides devrait permettre de retarder l'arrêt de
la convection en fin de journée.

Le site instrumenté de l'IPSL (SIRTA) pour les moyennes latitudes et 
la campagne AMMA d'étude Multi-échelle de la mousson en Afrique de l'Ouest
pour les tropiques
devraient fournir des cadres particulièrement pertinents pour ce travail
sur le cycle diurne des nuages continentaux.

La paramétrisation nuageuse, pour être adoptée dans le modèle de climat,
devra également être capable de traiter des nuages très différents,
comme les strato-cumulus des régions de subsidence sur les bords
Est des océans tropicaux.
La transition entre strato-cumulus et cumulus d'alizés pourrait nécessiter
de sophistiquer d'avantage le schéma, en introduisant par exemple
un compartiment supplémentaire de descente dans le modèle du thermique
pour rendre compte de la possible importance dans l'organisation nuageuse
des subsidences associées à l'instabilité d'entraînement en sommet de
nuages.

\begin{figure}
\includegraphics[width=17cm]{\local/FIGURES/guichard.eps}
\caption{Poussière soulevée par un front de rafales sous une
ligne de grains au Mali. source : Françoise Guichard et Laurent Kergoat.
\label{fg:guichard1}}
\end{figure}

\begin{figure}
\includegraphics[width=17cm]{\local/FIGURES/mars1.eps}
\caption{Photo d'une tempête régionale de poussière sur 
Mars.\label{fg:mars1}}
\end{figure}

Le nouveau jeu de paramétrisation, incluant un calcul pronostic
de l'énergie turbulente de petite échelle, une représentation
explicite des structures méso-échelles de la couche limite ainsi
qu'une représentation des fronts de rafales sous les systèmes
convectifs devrait également permettre de proposer des paramétrisations
plus physiques, à la fois des flux thermodynamiques et des tensions
de vents sur les océans \cite[cf e.~g.][]{Rede:00}
et du soulèvement des poussières sur
les déserts terrestres ou martiens.
Là encore, AMMA devrait être un cadre privilégié d'étude.
On montre pour illustration sur la \fig{guichard1}  une photo
très spectaculaire d'un matelas de poussière soulevé par
un front de rafales sous une ligne de grains (photo prise au
Mali par Françoise Guichard et Laurent Kergoat) et, sur 
la \fig{mars1}, une tempête de poussière régionale sur Mars.

\subsection{Planètes et climats}


Beaucoup d'études vont encore être menées dans le futur avec
le modèle climatique de Titan~;
certaines pour  répondre à des questions en suspend (cf. la conclusion
du \ch{titan}) et d'autres
pour répondre à des questions que ne manqueront pas de soulever
les résultats de la mission Cassini-Huygens.
En parallèle, un modèle est en cours de développement pour Vénus,
en lien avec la mission Venus-Express qui devrait partir prochainement.

La problématique que nous comptons aborder sur Vénus a beaucoup en
commun avec celle développée sur Titan ces dernières années.
D'abord, une des motivations sera de documenter et d'étudier
dans le détail la superrotation atmosphérique.
Venus-Express étant en orbite autour de la planète, on peut
espérer obtenir plus d'information sur la structure thermique
et dynamique  de cette atmosphère que sur Titan (où l'on espère disposer
quand même de quelques dizaines de survols par Cassini et des résultats
de la descente de Huygens).

Avec ses 90 bars de CO2, son effet de serre exceptionnel, ses nuages d'acide sulfurique, son atmosphère en superrotation (l'atmosphère, au niveau du sommet des nuages vers 70 km, tourne 50 à 60 fois plus vite que la surface), Vénus est un objet particulièrement captivant pour qui s'intéresse à la dynamique et à la physique des atmosphères.
Après une période d'exploration intensive dans les années 70 notamment, Vénus est un peu tombée dans l'oubli, cédant le pas à Mars et laissant un grand nombre de questions en suspend.

Or, à la fin des années 80, après les dernières missions dédiées à son atmosphère, les chercheurs se sont aperçus qu'on pouvait sonder du côté nuit l'atmosphère profonde de Vénus, sous le voile de nuages, à travers des fenêtres de transparence dans le proche infrarouge (une histoire qui rappelle là aussi Titan).
Le survol par les missions Galileo et Cassini a permis pour la première fois de cartographier à haute résolution spatiale cette émission du  côté nuit avec les spectro-imageurs NIMS et VIMS. Cette émission est en fait très variable spatialement, les régions sombres étant associées à des régions plus nuageuses.

Rien que pendant ces survols, les  observations successives ont permis de déduire des vents à partir du suivi des structures nuageuses. Ces observations semblent également indiquer une variation latitudinale de la quantité de monoxyde de carbone vers 30 km d'altitude.

Venus-Express, en mettant en orbite un spectromètre (PFS) et un spectro imageur (VIRTIS) capables de cartographier l'émission dans ces fenêtres spectrales, offre donc une occasion unique de contraindre la dynamique atmosphérique et d'apporter en particulier des éléments clefs pour notre compréhension du phénomène de superrotation atmosphérique.

Comme pour Titan,
aucun élément tangible ne permet en effet d'affirmer que le mécanisme de Gierasch, responsable de la superrotation dans le modèle,
est bien à l'{\oe}uvre dans l'atmosphère de Vénus. L'atmosphère de Vénus est-elle dominée par de grandes cellules de Hadley ? Les ondes planétaires transportent-elles le moment cinétique vers l'équateur ? Quelle est l'importance des mélanges verticaux turbulents ou convectifs ? Autant de questions auxquelles la mission Venus-Express devrait permettre de nous apporter des éléments de réponse tout à fait nouveaux.

Surtout, la plupart des observations disponibles jusque-là concernait la couche externe des nuages, très particulière parce que c'est celle qui bloque l'essentiel du rayonnement solaire. Grâce à Venus-Express, nous aurons donc accès à des données déterminantes pour la circulation, en dessous de cette couche ``superficielle". Le suivi des nuages du côté nuit devrait permettre de contraindre le vent zonal moyen et sa variabilité, la circulation méridienne, et, on espère aussi les ondes transitoires. Les observations de la composition vers 30 km (CO, OCS, H2O, D/H, SO2), si elles font apparaître des variations latitudinales des constituants, devraient également pouvoir être interprétées, comme pour Titan,
en termes de circulation méridienne moyenne, sous réserve que soient développés des modèles de chimie transport appropriés.


J'espère aussi pouvoir revenir dans les années qui viennent sur
une version du modèle développée lors de ma thèse et rapidement
évoquée dans le chapitre sur Titan~: le modèle à 19 paramètres.
Ce modèle était d'ailleurs au c{\oe}ur de mon projet de recherche
pour le CNRS, avant que je me laisse avaler par la modélisation terrestre
et le transport des espèces traces.
Si je n'ai pas réalisé ce programme, c'est avant tout histoire de temps
et d'arbitrage.
Mais il est vrai aussi que l'utilisation sur des planètes sans eau de
paramétrisations de la couche limite aussi peu physiques que celles
dont nous disposions à l'époque (sur une planète
sans eau, les ajustement convectifs et autres termes de contre-gradients
jouent à plein) me posait problème.
Le modèle du thermique vient donc compléter ce modèle en un modèle
cohérent et physique d'une atmosphère planétaire sans changement de phase.

Je suis convaincu qu'un tel modèle peut s'avérer extrêmement utile,
y compris dans le cadre de l'étude du changement climatique sur Terre.
Il est important en effet,
en parallèle de la modélisation lourde (dite intégrée)
du climat terrestre -- sur laquelle nous continuerons à travailler
à l'IPSL -- de développer des approches simplifiées qui permettent
de décortiquer les mécanismes en jeu et d'avancer dans notre compréhension
du système climatique. 
La modélisation idéalisée à 19 paramètres ainsi peut-être
que la modélisation bidimensionnelle du climat
(comme on l'a menée sur Titan et comme certains la développent actuellement
au CNRM où à l'université de Chicago) sont des voix
que je compte également explorer dans cette perspective.


\complement{aller chercher http://cmex-www.arc.nasa.gov/VOViews/Atmosph/GlobDust.htm}
