\chapter{Introduction}


\section{Avant propos}


En rédigeant le présent texte, j'ai poursuivi deux objectifs.
Le premier est d'ordre statutaire~: pour soutenir une Habilitation
à Diriger des Recherches, il faut rédiger une synthèse de ses travaux de
recherche.
J'ai voulu en même temps profiter de cet exercice imposé pour écrire
un texte qui puisse servir plus ou moins directement 
de support pédagogique sur différens sujets 
auxquels je me suis intéressé au cours des dix dernières années.
Vue la tourmente programatique et ``communicante" --
dans laquelle nous sommes 
chaque jour davantage plongés -- et vue l'ambition affichée, les objectifs --
en partie contradictoires -- ne sont certainement que partiellement atteints.
Au fil de la rédaction, je me suis cependant rendu compte que
l'exercice qui peut paraître à priori stupide et qui consiste à retraduire en
français des morceaux de textes glanés dans des articles, est un exercice
qui a du sens si on veut espérer diffuser les connaissances, notamment
en direction des étudiants.

Le texte est composé de quatre parties plus ou moins indépendantes, avec
à chaque fois une introduction assez complète et des conclusions
et perspectives.
L'introduction et la conclusion du document sont donc  plutôt là pour brosser
le cadre général du travail dans le premier cas et tracer des perspectives
générales dans le second.
Le fil conducteur de ces différentes parties est le transport atmosphérique
et la modélisation de ce transport dans les modèles de climats globaux.


\section{Cadre général}

Les couplages entre chimie, physique des aérosols et transport atmosphérique
occupent une place croissante dans l'étude des atmosphères planétaires.

Ces couplages sont tout d'abord au centre d'une grande partie des questions
relatives au changement climatique.
D'une part,
une partie importante des incertitudes
relatives au réchauffement global du climat terrestre provient
des incertitudes sur l'évolution de la
composition même de l'atmosphère (CO$_2$, méthane, ozone troposphérique,
aérosols). 
Or l'évolution de cette composition est étroitement liée au
transport atmosphérique et au climat.
Pour le CO$_2$ par exemple, l'augmentation des concentrations atmosphériques
sous l'effet des émissions anthropiques conduit à une augmentation
du stokage dans les océans et les éco-systèmes.
Le puits biosphérique est cependant lui-même très sensible à l'évolution
du climat, et les estimations actuelles estiment que l'effet de réduction du
puits biosphérique par le changement climatique pourrait correspondre
à une rétroaction positive de 15$\%$ sur la teneur en CO$_2$ de l'atmosphère
\cite[]{Dufr:}.
Les changements climatiques modifient également la chimie troposphérique
\cite[]{Hour:93}.
Le climat de la stratosphère de Titan est également étroitement couplé 
à la photochimie et à la micro-physique de l'épaisse couche de
brume orange constituée d'aérosols organiques.


La modélisation globale est devenue un outil de base pour aborder ces
différentes questions. Les modèles de circulation générale atmosphérique,
développés au début des années soixante-dix pour les besoins de la
prévision météorologique, se sont petit à petit enrichis tant sur le 
plan physique (représentation des nuages, de la thermodynamique du sol,
paramétrisations de la convection) que par la prise en compte
du couplage avec les autres composantes du système climatique.
On pense en particulier pour la terre au couplage avec l'océan, la végétation,
la chimie ou les aérosols.
Ces développements ont aboutis dans les années récentes au concept
de modèles "intégrés du climat" (les "Earth system models" ...) utilisés
notamment pour prédire les évolutions futures du climat dans le cadre
du programme international IPCC. Un modèle de ce type est actuellement
développé et utilisé à l'IPSL. Il comprend,
couplé au modèle de circulation générale atmosphérique LMDZ,
le modèle de circulation générale océanique ORCALIM, le modèle des surfaces
continentales ORCHIDEE et le module aérosols-chimie INCA.

Sur Mars se sont les couplages avec le cycle du
carbone (un quart de l'atmosphère de CO$_2$ se condense saisonnièrement
dans les calottes polaires), des poussières (on en a parlé plus haut)
et de l'eau (avec l'enjeu de déterminer les réservoirs d'eau sous la surface
et de comprendre les évolutions passées du climat de la planètes rouges) qui
ont été inclus dans les modèles de circulation existant.
Pour Titan, les couplages avec la photochimie et la brume
\cite[]{Hour:04} ou le méthane \cite[]{Toka:01} ont également été inclus
dans les modèles existants.


\section{Contenu du document}

Pour les aspects liés à la composition, une étape essentielle du travail
de développement
consiste à introduire, dans le modèle de circulation générale atmosphérique,
les algorithmes permettant de représenter le transport des espèces traces.
Il faut traiter à la fois le transport par l'écoulement explicitement représenté
dans le modèle de circulation (c'est à dire pour des échelles supérieures
à quelques centaines ou dizaines de kilomètres) et le transport
par les écoulement non résolus, turbulents ou convectifs.
L'introduction, dans le modèle LMDZ, de schémas en volumes finis développés
à l'origine par \cite[]{VanL:77} \cite]{Hour:99} est ainsi à la  base
des études présentées dans ce document.
Pour le modèle du LMD, ce travail d'introduction du transport a été effectué
à la fois pour la version terrestres et pour les atmosphère de Mars et
de Titan.
Cette version avec transport des traceurs du modèle LMDZ est à l'origine d'un
grand nombre de développements et applications concernant à la fois
les aérosols soufrés,
la chimie terrestre (le modèle a à cette fin été couplé avec le
modèle de Chimie-aérosols INCA), et pour les planètes, le cycle des poussières
et de l'eau sur Mars et les couplages entre brumes, photochimie
et dynamique sur Titan.
Ce travail préliminaire est décrit dans le 
\ch{lmdzt}.

Pour la Terre, je me suis plus particulièrement intéressé 
au transport vertical par les structures
méso-échelles de la couche limite convective. 
Ces structures (roulaux, cellules thermiques), bien connues des amateurs
de vols libres (delta-planes, planeurs, parapentes), ne sont
en général pas considérées de façon explicite dans les modèles de circulation
globaux, coincées entre une vision diffuse 'à la Kolmogorov' du transport
turbulent dans la couche limite et des schémas de convection profonde, 
contrôlés pour une bonne part par les changement de phase de l'eau.
Les modèles doivent du coup inclure des traitement adhoc (``contre-gradients",
``ajustement convectif") pour palier l'absence de paramétrisation
des sctructures convectives de couche limite, qui sur des régions désertiques
ou sur une planète -désert comme Mars, peuvent dominer le transport
vertical jusqu'à plusieurs kilomètres au-dessus de la surface.
Cette nouvelle paramétrisation, le ``modèle du thermique", basée sur
une formulation dite ``en flux de masse", est décrite en détail
dans le \ch{therm} où sont également présentés un certain nombre
de validations, par rapport à des simulations numériques des grands
trourbillons ou à des observations.

En marge des questions relevant directement
des couplages chimie-climat, les outils développés
pour le transport des espèces traces peuvent être utilisés pour étudier
la dispersion de polluants atmosphériques à écoulement atmosphérique connu.
Des études de dispersions ont notamment été réalisées pour la validation
des algorithmes de transport.
A cette fin, le modèle de circulation atmosphérique est contraint a
coller à la situation synoptique pour pouvoir comparer
au jour le jour les concentrations observées de certains constituants avec
les données de terrain.
On parle de nudging en Anglais qu'on traduira ici par guidage.
La technique utilisée consiste à relaxer en permanence les champs
météorologiques du modèle vers des données d'``analyses" ou ``ré-analyses"
produites par les grands centres de prévisions météorologiques.
Dans ce cas, le modèle de circulation joue le rôle d'une espèce
d'interpollateur physique sur le maillage choisi et permet de recalculer
les grandeurs physiques nécessaires aà la représentation du transport
sous-maille.
Les grandeurs nécessaires pour les alogirthmes de transport des traceurs
peuvent être soit passés directement aux algorithmes concernées soit
stoker dans des fichiers puis relues. On parlera de modes ``branché"
et ``débranché".


Le modèle guidé et débranché devient est un modèle global de dispersion
atmosphérique parfaitement adapté à certaines questions relatives
à la surveillance de l'environnement.
Un travail spécifique a été entrepris dans ce domaine suite à
une demande du CEA relative la surveillance des essais nucléaires à
partir de la mesure de la concentrations en éléments radioactifs.
C'est un cas typique d'un problème inverse dans lequel on veut 
obtenir des contraintes sur les sources à partir de mesures de concentration.
Avec Robert Sadourny, nous nous sommes convaincu à l'époque qu'il était
légitime, pour répondre à cette question,
d'inverser la direction du temps dans le modèle de transport
(débranché)
pour calculer, en emettant un traceur au niveau des détecteurs, quelle
était la distribution d'origine de l'air mesuré à la station.
Cette méthode de transport inverse n'est pas fondamentallement nouvelle,
mais le fait qu'on puisse utiliser directement les codes eulériens en 
mode inverse reste encore suspect pour beaucoup de scientifiques du domaine.
Cette méthode de ``rétro-transport eulérien" peut être vue d'un côté
comme une formulation eulérienne de l'approche des rétro-trajectoires 
Lagrangiennes largement utilisée pour interpréter des mesures
de concentrations d'espèces traces à des stations.
Le rétro-transport eulérien est également l'adjoint du trasnport direct
pour un produit scalaire particulier, pondéré par la masse de l'air
soutendant le transport.
Les visions à la base des rétro-trajectoires et de l'approche adjointe
sont cependant suffisamment différentes pour que les outils développés
le soient aussi. Le \ch{retro} présente de façon détaillée à la fois
les aspects théoriques, des illustrations numériques et des exemples
d'application pour la surveillance des essais nucléaires.
Les outils développés à cette occasion sont en cours d'intégration
dans une chaîne opérationnelle au CEA.


La dernière partie de ce document concenrne Titan, le plus gros satellite
de Saturne.
Titan fait partie de ces objets facinants du système solaire.
En 1981, les responsables des missions Voyager choisissent de privilégier
pour la sonde Voyager 2 un survol de Titan plutôt que de poursuivre la course
vers Neptune et Pluton. On sait à l'époque que Titan est, comme la Terre,
entourée d'une atmosphère dense d'azote (1,5 bar à la surface).
Les photos renvoyées vers la Terre sont très décevantes. Une épaisse couche
de brume orangée voile entièrement la surface. Tout juste peut-on
distinguer  un léger contraste entre les deux hémisphères, signe probable
d'une effet saisonnier. Les mesures spectroscopiques premettent en
revanches d'identifier un grand nombre de composés chimique, hidrocarbures
et nitriles.
Ces espèces chimiques, créées à partir de la photodiscocisation
de l'azote moléculaire et du méthane (second constituant atmosphérique)
sont ensuite transportées dans la stratosphères où on pense qu'elle
polymérisent pour donner naissance à la brume orange.
L'analyse des contrastes latitudinaux de température dans la stratosphère
suggère également que l'atmosphère tourne beaucoup plus vite que le
satellite, lui-même phase bloquée autour de Saturne, avec une durée du jour
de 16 jours terrestres environ.
Si la direction de la rotation de l'atmosphère ne peut être obtenue
à partir des observations de la température, l'analogie avec Vénus
et des arguments théoriques suggèrent que l'atmosphère est en régime de
superrotation, l'atmosphère vers 200 km tournant une dizaine de fois plus vite
que la surface et dans la même direction.

Suite aux missions Voyager, une mission est programmée vers le système de
Titan, sous l'impulsion de Tobie Owen et Daniel Gautier. La sonde Américaine
Cassini se consacrera au système de Saturne et emenera à son bord
la sonde Européenne Huygens qui plongera dans l'atmosphère de Titan.
A l'heure ou s'écrit cette introduction, Huygens s'est tout juste détachée
de Cassini pour entammer sa descente vers Titan.

Au début des années 90s,
sous l'impulsion de Daniel Gautier et Christopher P. McKay (NASA/Ames),
différents travaux de modélisations sont entrepris.
Le modèle de circulation du LMD est adapté aux conditions de Titan
\cite[]{Hour:95} et prédit effectivement une forte superrotation
sur Titan, superrotation depuis confirmée par des mesures Doppler.
En parallèle, on modèle de photochimie est développé par
\cite[]{Toub:} et un modèle de microphysique est développé par \cite{Caba:}
Il apparait cependant rapidement que les différentes composantes de
ce systèmes sont fortement couplées.
Les brumes sont formées par la polymérisation des constituants chimiques
et peuvent servire également de noyaux de condensation à ces dernières
au niveaux de la troposphère galciale de Titan (70~K environ).
Brumes et espèces chimiques sont évidemment transportées par les vents.
En retour, les contrastes latitudinaux de la composition jouent les premiers
rôles dans le forçage de la circulation.
Vers 1995, nous décidons avec Michel Cabanes et Dominique Toublance
de réunir les différents efforts de modélisation pour s'attaquer à ce système
climatique complet.


En 1998, lors du collouqe quadriénal du PNP, le programme est clair 
\cite[]{Hour:98}~:

{\em
``L'arrivée sur Titan de la mission Cassini-Huygens est sans doute une des dernières occasions
avant des décénies d'explorer un système physique analogue à la terre mais encore très mal connu.
Pour l'atmosphère et le climat
en particulier, c'est une occasion unique avant longtemps de mettre à l'épreuve  pour
une planète tellurique les théories
et modèles dèveloppés dans le contexte terrestre.
Cette perspective ainsi que la préparation de la mission (étude en amont et préparation de
l'analyse des résultats) ont motivé le développement  d'un modèle de circulation générale de
l'atmosphère de Titan au Laboratoire de Météorologie Dynamique du CNRS, sous l'impulsion
de Daniel Gautier et en collaboration avec Cristopher P. McKay (NASA/Ames) et Régis
Courtin (DESPA/Obs. Paris Meudon).
[...]
Pour Titan, le modèle prédit une stratosphère tournant environ 10 fois plus vite que la planète
solide avec des vents zonaux (d'ouest) de l'ordre de 100~m~s$^{-1}$.
En plus de ce phénomène dynamique spectaculaire, les résultats du modèle ont contribué à mettre
en évidence l'importance des couplages entre dynamique atmosphérique, micro-physique des
aérosols, et photo-chimie. Ceci nous a conduit à bâtir et à proposer au PNP pour les années
à venir, un projet de modélisation du climat de Titan intégrant ces différentes
composantes. L'enjeu est d'importance et la tâche ardue quand on connait les problèmes
rencontrés dans la modélisation de ces problèmes sur Terre. Mais la perspective de la
confrontation du modèle aux observations de la mission Cassini-Hyugens en 2005
en font une enjeu scientifique de tout premier plan.''
}

Après une mise en route souvent ardue, effectivement, le modèle a bien été
développé. Une base de données de résultats du modèle a été mise à disposition
de la communauté sur la toile.
Cassini est là. Les photos prises lors des premiers survols de Titan par Cassini
ont reservé leur lot de surprises. Les dépouillement en cours n'y manqueront
sans doute pas non plus. En espérant que la descente de Huygens sera également
un succès.

C'est cette histoire qui clot ce document (\ch{titan}) avant quelques conclusions
génrales.
